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Détroit au Fil, Saint-Étienne le 12 avril 2014

La tournée de Détroit commence tout juste, à guichet fermé. Après une première date à Clermont-Ferrand la veille, le groupe de Bertrand Cantat et Pascal Humbert était attendu au Fil à Saint-Étienne samedi soir.

20h30.
La salle n’est pas encore comble mais se remplira très vite, alors que la première partie arrive sur scène.
La chanteuse présente le groupe : « On s’appelle Tulsa, et nous aussi on vient de Bordeaux ». Le public semble chaleureux et d’ores et déjà heureux d’être là ce soir, et certains sont d’humeur taquine. Un spectateur hurle « Alain Juppéééé ! », la chanteuse rétorque en souriant : « On n’y est pour rien ». Les 4 bordelais offrent à un public attentif et visiblement séduit un set d’une petite demi-heure de mélodies rock lancinantes, préludes à quelques envolées plus énervées.

21h40.
Concert de Détroit à Saint-Etienne le 12-04-2014Après 40 minutes de balance, et de « Bertraaaaaand » hurlés bestialement par la foule, Détroit entre en scène. Autour de Bertrand Cantat et Pascal Humbert, on retrouve Bruno Green aux claviers (et à la guitare), Nyko Boyer à la guitare et Guillaume Perron à la batterie.
Bertrand Cantat, enjoué, lance au micro « Salut les stéphanoises et les stéphanois ! ».
Le concert s’ouvre sur deux chansons calmes de Détroit, tout d’abord Ma Muse, puis le plus marquant Horizon.
Sur ce titre, l’écran et les projections de fond de scène laissent apparaître des lignes et formes géométriques qui se croisent, se décroisent, se construisent et se déconstruisent pendant que Cantat chante un texte sur la prison (« Cherche ton horizon, entre les cloisons »), dont il est difficile d’ignorer la dimension autobiographique.
L’atmosphère se réchauffe et mes voisins exultent lorsque résonnent les premières paroles de Des visages, des figures de Noir Désir.
Le groupe continue sur sa lancée puisque s’ensuit, après une intro méconnaissable au clavier, un second titre tiré du répertoire de Noir Désir, À ton étoile.
L’atmosphère dans la salle à ce moment-là ressemble à un furieux mélange de vague surprise, de joie inespérée, de nostalgie, de communion, et d’euphorie.
Lorsque Détroit enchaîne avec une version musclée de Le creux de ta main, le public est définitivement conquis. Le groupe, tout sourire, semble ravi de voir que la ferveur des spectateurs n’est pas réservée aux titres ressurgis du passé. Signe qui ne trompe pas, les « Bertraaaand » commencent à laisser la place à de timides « Détroooooit » et de moins timides « A poiillll Pascaaaal ». Cantat lui aussi semble touché par l’accueil bruyant qui leur est fait, et s’adresse à nous : « Hé, c’est pas parce que vous êtes plus nombreux que … non, merci beaucoup, vraiment ». Bruno Green se moque des gens qui demandent des titres de Noir Désir et hurle d’une voix aigüe « Tostakyyyyyyy ».
Et c’est bien un triptyque de rêve pour tout fan de Noir Désir qui est maintenant au programme : Lazy, Le Fleuve et Lolita nie en bloc. Mes voisins trentenaires hurlent à nouveau de bonheur. Cantat est de plus en plus à l’aise et d’humeur loquace, il chambre son complice Pascal Humbert : « Pauvre Pascal, il n’a pas l’habitude de subir ça, c’est son premier groupe où l’on raconte des blagues entre les morceaux ». Franche accolade entre les deux hommes.
Le set principal se termine sur un glacial Ange de désolation, et Null & Void que j’espérais plus enlevé en live.
Cantat harangue la foule : « On peut faire une pause ? ». Évidemment, la foule proteste et refuse vigoureusement. « Allez, juste une courte pause. Un petit pipi. » (classe). Détroit quitte la scène, mais il semble déjà acquis que la soirée est loin d’être terminée.

Concert de Détroit à Saint-Etienne le 12-04-2014Le groupe revient sur scène, un spectateur jette un cadeau aux pieds de Bertrand Cantat (un cahier ?), qui a l’air surpris et remercie l’expéditeur au micro.
Le rappel commence par le titre par lequel Détroit s’est fait connaître : Droit dans le soleil. L’interprétation se veut sobre et dépouillée, mais certains spectateurs se font trop entendre, et ruinent le moment.
On continue à explorer le répertoire de Détroit avec un joli et appliqué Glimmer in Your Eyes, et surtout une version imposante et vénéneuse de Sa majesté, soutenue par des lumières rouges et hypnotiques, des basses martelées, et un chant maniéré : une grande réussite.
Une nouvelle séquence « Noir Désir » s’ouvre, avec un massif Fin de siècle qui fait monter d’un cran encore la température.
Cantat demande : « Est-ce que vous savez chanter en espagnol ? Aqui para nosotros… ». La foule sait effectivement chanter en espagnol, et répète à l’infini « Aqui para nosotros » en frappant dans ses mains, jusqu’à ce que Cantat hurle « Tostaky! ».
La fosse explose enfin, la foule se fait très compacte et un heureux et bienveillant pogo se forme. Les paroles sont sur toutes les lèvres, la joie est dans les cœurs, c’est la chenille qui redémarre. Le final est surprenant, et pour éviter qu’on ne pense trop fort que la guitare de Serge Teyssot-Gay nous manque, la fin du morceau prend un chemin alternatif également très énergique mais beaucoup plus électro. C’est ce point paroxysmique de la soirée que le groupe choisit pour quitter à nouveau la scène.

Le second rappel commence, comme le premier, par un morceau plus calme, à savoir Des armes. Le public chante religieusement et à l’unisson avec Cantat le texte de Léo Ferré, jadis mis en musique par Noir Désir. L’émotion est une nouvelle fois palpable. C’est bien à Noir Désir que reviendra le mot de la fin, puisque la soirée se terminera avec Le vent nous portera, et un explosif Comme elle vient qui met à nouveau la fosse en ébullition. Sous des acclamations triomphales, le groupe salue à de multiples reprises la foule, et tape joyeusement dans les mains des premiers rangs surexcités.

Ce soir à Saint-Étienne, nous avons donc eu droit à un très beau  – je n’ai d’ailleurs sans doute pas assez insisté sur l’aspect visuel très abouti –  moment de transition, entre le retour d’un artiste et la naissance d’un groupe. Un excellent concert de Noir Détroit, en somme.

Détroit Setlist Le Fil, Saint-Étienne, France 2014

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