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Nuits de Fourvière 2014 (2013, 2012 …) : overdose de VIP et accueil oppressant

On parle beaucoup, et à juste titre, de la programmation impressionnante et du cadre féérique des Nuits de Fourvière. Un peu moins souvent des conditions déplorables d’accueil et du mépris affiché pour le public depuis de nombreuses années…

Le festival s’achevant dans deux semaines, je ne résiste pas à l’envie de vous proposer un panorama assez édifiant des emplacements inaccessibles dans le théâtre romain pour le commun des mortels sur de nombreuses dates très attendues cet été :

Espaces réservés Nuits de Fourvière 2014
De gauche à droite et de haut en bas, les places réservées aux concerts de Stromae, des Pixies, de Franz Ferdinand, Portishead et Etienne Daho aux Nuits de Fourvière 2014.

Ce phénomène paraît particulièrement choquant lorsqu’on sait que le financement du festival se fait à près de 40% sur les subventions publiques et une part plus importante encore sur la billetterie, les financement privés représentant environ 15% seulement du budget. Le nombre de participants au dispositif « Le village » (nom donné par le festival aux formules VIP) ne cesse de croître, pour la plus grande fierté de la direction des Nuits de Fourvière (qui parlait d’ailleurs l’an dernier dans Lyon Capitale de « malentendu » quand la moitié des meilleures places du théâtre sont réservées pour les VIP, et trouve qu’à 55€ la place, les Nuits de Fourvière remplissent une mission de service public…).

Le problème, c’est que ce genre d’invités peu concernés par la soirée (ou alors, qui intériorisent énormément leur enthousiasme …) pèse sur l’ambiance du festival, de la première date que j’ai pu faire cette année (Stromae) où les olas s’interrompaient en plein centre des gradins puis reprenaient après avoir dépassé un carré VIP amorphe, à la dernière en date (Etienne Daho) où dès le milieu du concert, le théâtre entier s’était levé, à l’exception de 90% des prestigieux invités des Nuits de Fourvière.

D’un point de vue organisation et accueil, cela donne aussi lieu à des phénomènes à peine croyables, tels ces personnels d’accueil des Nuits de Fourvière, hésitant entre un mépris contenu et une obséquieuse arrogance, qui demandent aux gens à peine assis en gradins 1h30 avant le début de la première partie de se tasser « au maximum, allez encore un peu ». Dans la région, le théâtre antique de Vienne, à la capacité proche du double de celle de Fourvière, n’a à ma connaissance pas recours à ce genre de mascarades. Les agents d’accueil les plus inspirés procèdent également au placement du public arrivé tardivement en les accompagnant presque par la main au milieu de la fosse, quand celle-ci bien sûr n’est pas intégralement bloquée pour une poignée d’invités, comme ç’a été le cas pour The Divine Comedy/Burt Bacharach cette année.
Mais le clou du spectacle reste certainement cette scène vue vendredi soir où, alors que la première partie était déjà bien entamée, plusieurs agents d’accueil se tenaient debout dans les gradins et se sont agités pendant 5 minutes au milieu du public, pour demander aux gens déjà assis là de bien vouloir descendre d’un rang (en zone de visibilité réduite, car derrière les gens debout en fosse), car le carré VIP débordait. Évidemment l’ambiance avait l’air assez tendue, et ne prêtait pas franchement à suivre convenablement ce qui se passait sur scène.

Comme entendu cette semaine dans la bouche d’un spectateur effaré à propos de l’organisation des Nuits : « ils se démènent vraiment beaucoup pour nous rendre la soirée pénible ». Et si l’organisation des Nuits revoyait sa politique d’accueil, et prenait l’incommensurable risque de faire un peu confiance à un public déjà motivé à la base à passer une bonne soirée (peu de doutes sont permis vu le prix de plus en plus prohibitif des places), quitte à agiter un peu moins fort l’étendard du copinage et de l’argent roi ? On peut toujours rêver…

En attendant, un petit florilège de réactions (toutes soigneusement ignorées par l’équipe des Nuits) sur les réseaux sociaux :


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